Vaccin thérapeutique autologue APAVAC® et gène TP53
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Principe de la thérapie ciblée
L’immunothérapie du cancer évolue
depuis plusieurs années vers une personnalisation du traitement. En effet, les
variabilités inter et intra-individuelles inhérentes au type de cancer, à la
génétique, l’épigénétique, le microenvironnement, la nutrition, ... sont
aujourd’hui prises en compte dans le cadre de la thérapie ciblée. Dans ce contexte de médecine
personnalisée, le traitement APAVAC® s’apparente à une pratique autologue
exploitant l’antigénicité intrinsèque surexprimée de la tumeur du patient
traité. Le rôle de cette immunothérapie active a été exploré en médecine
vétérinaire dans l’indication de lymphome canin. Il a ainsi été démontré une
corrélation entre le pourcentage augmenté de cellules T non néoplasiques et un
allongement significatif du délai de progression du lymphome (TTP) (1) ainsi qu’une amélioration de
la survie sans effet secondaire (2,3). Mais cette personnalisation, de par
les faits, peut évoluer vers une précision plus fine, pour permettre une
véritable adaptation de la thérapie aux mutations de la tumeur autologue. L’un
des objectifs étant de prédire, à partir des changements génomiques de cette
tumeur, le caractère « bon ou mauvais répondant » du patient au
traitement, en termes de survie globale et d’intervalle sans tumeur.
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Qu'est ce que le gène TP53 ?
Il existe un gène P53 dit « suppresseur
de tumeur » ou TP53 pour "Tumor Protein 53" parfois surnommé
"gardien du génome" qui est une petite protéine (53 000 dalton)
facteur de transcription. Cette fonction lui permet de réguler ou induire la
transcription de différents gènes influents en particulier dans le déroulement
du cycle de multiplication cellulaire, la réparation de l'ADN et le
déclenchement de la mort cellulaire (ou apoptose) (4). Le gène P53 joue un rôle initiateur en envoyant des
signaux à d'autres gènes indispensables à la réparation des chaines d'ADN
endommagées et si l'ADN ne peut être réparé, il empêche la cellule de se
diviser (blocage du cycle cellulaire en phase G1) et lui commande de mourir au
lieu de se multiplier. En revanche, lorsque
ce gène est muté, il ne peut plus jouer ce rôle et les cellules ayant un ADN
endommagé (cellules cancéreuses) continuent de se diviser de façon anarchique
et désordonnée. Globalement et en
santé humaine, on peut considérer selon les auteurs mais aussi selon les
origines ethniques que les cellules cancéreuses possèdent au moins un allèle
muté du gène P53 dans 35 (5) à 50 (6)% des tumeurs. En médecine vétérinaire, ce type de données, plus
difficilement accessibles, est parfois obtenu par séquençage à haut débit
d'échantillonnage de cohortes telles que 65 % de mutation faux-sens TP53 pour
l'ostéosarcome canin (7) ou 66 % pour l'hémangiosarcome canin (8). |
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Qu'est ce que le "WES" ?
Le Whole Exome Sequencing (WES) (ou
technique de séquençage à haut débit du génome complet) permet de décrypter en une seule étape,
l’ensemble des régions codantes du génome humain ou animal. En comparant le
génome des tissus sains et de la tumeur, on peut différencier d’une part, les
mutations constitutionnelles et d’autre part, les mutations somatiques
correspondant au génotype spécifique des cellules cancéreuses. En appliquant cette technique à une
population de 77 chiens, de races prédisposées au Lymphome B diffus à Grandes
Cellules (LBDGC), traités soit par chimiothérapie exclusive, soit par une
association chimiothérapie et APAVAC®, l’équipe de l’Université de Turin (9,10) avait pour objectif de
clarifier les changements génétiques susceptibles d’apparaitre dans ce type de
tumeur. Le principe étant d’identifier, les principaux gènes dont les mutations
somatiques (comparaison entre les cellules de la peau saine et la tumeur)
étaient fréquemment retrouvées, puis de rechercher parmi les gènes les plus
fréquemment mutés une éventuelle corrélation avec les caractéristiques
clinico-pathologiques des animaux traités (11).
source Illustration: "Le séquençage des génomes - G. Furelaud, Y. Esnault - Planet-vie.ens.fr"
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Influence de la mutation TP 53
Globalement pour l'ensemble des 77 chiens inclus dans l'étude, le traitement a eu un impact significatif sur le délai de progression ou la survie spécifique du lymphome (11). En effet, les chiens traités par chimio-immunothérapie (n=45; 58,4 %) ont eu un meilleur résultat que les chiens recevant uniquement une chimiothérapie (n=32; 41,6 %). Cependant, confrontés à la disparité des réponses, les auteurs ont, dans un deuxième temps, cherché à évaluer, à partir de cette population, le paysage génomique du lymphome diffus à grandes cellules B pour identifier des sous-types distincts susceptibles d'implications cliniques et thérapeutiques. Réalisé pour la première fois sur
une population aussi importante de chiens traités pour LBDGC, le séquençage du
génome entier, a ainsi permis d’identifier les types d’altérations génétiques
récurrentes et leur impact fonctionnel dans le caractère « bon ou mauvais
répondeur » du traitement APAVAC® et à moyen terme d’évoquer de nouvelles
opportunités en immunothérapie. Dans cette série (11), les mutations TP53 ont été
fréquemment trouvées par WES : 24 mutations détectées chez 19 chiens (24,7
%), dont 19 étaient des mutations faux-sens (79,2 %). Ces résultats ont été
validés dans un second groupe de chiens, maintenant une fréquence et une
signification pronostique similaires. La perte de TP53 entraîne une
perturbation des réponses du point de contrôle aux dommages de l'ADN et
contribue à l'instabilité génomique et chromosomique. On note aussi que la plupart
des mutations affectaient le domaine de liaison à l'ADN de P53 ce qui
permettait aux auteurs d’émettre l'hypothèse d'un effet inactivateur de cette
mutation (11). |
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A noter : Il
n’existe pas un lymphome diffus à grandes cellules B mais des lymphomes diffus
à grandes cellules B très hétérogènes sur le plan clinique, histologique
et moléculaire. Les
signatures transcriptionnelles et les
profils mutationnels vont s’ajouter aux données morphologiques et
phénotypiques, qui existaient déjà, pour mieux comprendre cette
hétérogénéité et potentiellement permettre de proposer des thérapies
innovantes ciblées.
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Un algorithme pronostique pour indentifier la meilleure thérapie
Ainsi, le gène TP53, qui participe,
aussi chez le chien, à la régulation de l’apoptose et du cycle cellulaire,
lorsqu’il est muté dans la tumeur, a été identifié très souvent à une mutation
dite faux-sens (changement d’un nucléotide d’un codon) et se traduit en termes
de survie par un mauvais pronostic au traitement. A contrario, l’absence de
mutation de ce gène (on parle de gène sauvage), garantit une efficacité de
l’immunothérapie APAVAC® pouvant conduire à tripler la survie spécifique du
lymphome (LSS) par rapport au groupe d’animaux traités par chimiothérapie
seule. Par ailleurs, les mutations de TP53
étaient associées à l'âge et significativement enrichies chez les chiens
diagnostiqués au stade IV de la maladie (P=0,001). La pertinence pronostique
des mutations de TP53 a été explorée et mesurée par les auteurs (12). En effet, les chiens mutés (TP53mut)
avaient un TTP et un LSS significativement plus courts que les chiens non mutés
(TP53wt). Une abaque pronostique ( https://compbiomed.hpc4ai.unito.it/canine-dlbcl/)
incluant les paramètres de : - la
recherche de la mutation TP53 (associée ou non à l’expression des gènes STAP2
et G3BP2)
- l’âge du chien
- le taux d’infiltration de la moelle osseuse
- l’association ou non de l’immunothérapie APAVAC
à la chimiothérapie CHOP,
a été construite pour évaluer une
estimation de la probabilité de survie de son chien à 90, 180 jours, un et deux
ans. Cet outil ayant pour objectif d’estimer
la pertinence de l’association de l’immunothérapie autologue APAVAC et la
probabilité de survie de l’animal traité est important dans la prise de
décision thérapeutique et les échanges induits avec son propriétaire.
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Données issues de l'abaque comparant à 1 an de suivi, le pourcentage de chiens dont le lymphome n'a pas progressé (TTP) et le pourcentage de chiens survivants au lymphome (LSS).
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Conduite à tenir
L’analyse des mutations du gène
TP53 est aujourd’hui accessible au laboratoire de biologie vétérinaire. Après
une confirmation du diagnostic de DLBCL sur la base d’un examen cytologique et
cytofluorimétrique du (ou des) nœud(s) lymphatique(s) hypertrophié(s), il est conseillé
lors de la lymphadénectomie d’isoler : - d’une part, un petit fragment de la tumeur (0,5
cm3) conservé dans une solution physiologique accompagné d’un
échantillon sanguin prélevé sous EDTA pour envoi dans les 24 à 48 heures à
l’analyse TP53.
- d’autre part, un fragment d’environ 1 cm3 (en évitant les zones nécrosées) conservé à
-18 °C sur tube ou poudrier sec et stérile afin d’anticiper, si nécessaire la
préparation du vaccin thérapeutique autologue APAVAC®.
Sur la base des résultats obtenus
lors de la stadification clinique, l’examen histopathologique/immunohistochimie
et le screening TP53, il sera alors possible de consulter l’algorithme
pronostique pour identifier les alternatives thérapeutiques les plus
appropriées. A titre d’exemple, un chien de 7
ans, dont le taux d’infiltration lymphocytaire de la moelle osseuse est de 5%
et pour lequel le gène TP53 est muté est prédit à seulement 0,1 % de non-progression
à 1 an avec une survie spécifique liée au lymphome de seulement 0,5% (cf.
figure). La modification des paramètres
mutation TP53 ou non et Immunothérapie APAVAC, associée ou non à la
chimiothérapie, permet d’obtenir le tableau comparatif suivant. |
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Pour conclure
Avec 10 ans de recul et plus de 1000 animaux traités, sans
aucune toxicité, ni effet secondaire rapportés, le vaccin thérapeutique
autologue APAVAC® a largement démontré son efficacité clinique dans le
traitement de nombreux cancers animaux en association ou non à la
chimiothérapie. Comme pour toutes les thérapies ciblées, la personnalisation
du traitement permet d’apporter l’alternative la plus précise et efficace à
chaque patient. La recherche de la mutation TP53 permet, lorsque le gène n’est
pas muté, d’améliorer encore le pronostique de survie d’un animal traité par
cette immunothérapie spécifique.
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RÉFÉRENCES 1. Martini
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